bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Re: Croire, oui, mais alors au bucher ! (was Re: La guerre aux femmes en Afghan», fr.soc.politique, 6 férvier 1999, Message-ID: <19990206180546.24201.00000219@ngol05.aol.com>. 2. bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Re: Le président de la conférence épiscopale contre le PACS», fr.soc.politique, 14 septembre 1998, Message-ID: <1998091421181600.RAA27461@ladder01.news.aol.com> 3. bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Un document à faire connaître et lire autour de soi.\», fr.soc.politique, 5 janvier 1998, Message-ID: <19980105221600.RAA29376@ladder01.news.aol.com>. 4. Robert.Etienne@wanadoo.fr (R. Etienne), «Re: Céline et Christian : LES EXCUSES.», fr.soc.politique, 22 juillet 1997, Message-ID: <33dce2c5.3331377@news.wanadoo.fr>. 5. Robert Faurisson, «Un faux: “La prière de Jean XXIII pour les Juifs”», Revue d’histoire révisionniste, n°3, nov 1990 - janv. 1991, p. 32. 6. Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, Editions Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 124, p. 82. 7. Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, op. cit., p. 122. 8. Le grand historien de l’Inquisition, Henry Charles Lea, par exemple, évoquant les origines conversos de Juan de Torquemada se réfère seulement à del Pulgar. Henry Charles Lea, History of the Spanish Inquisition, Londres, 1906-1908, tome I, p. 120. 9. Cité par Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, op. cit., p. 87. 10. Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, op. cit., p. 87 11. Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, The University of Wisconsin Press, 1995. 12. Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, op. cit., p. 112. 13. Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, op. cit., p. 225. 14. Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, op. cit., p. 225. 15. Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, op. cit., p. 48. La généalogie fournie par Béatrice Leroy est reprise de Fernando del Pulgar. Celui-ci ajoute que Lope Alfonso a épousé une Ana de Collazos sur laquelle aucune information n'est fournie. Est-elle convertie ? A-t-elle des parents convertis ? Cela n'est pas dit. Pour compléter, ajoutons que Pedro Fernandez est le frère de Juan de Torquemada et le père de Tomás. Il faut faire attention à ne pas confondre Pero le grand-père, de Juan de Torquemada, et Pedro, son frère. 16. Benzion Netanyahu, The Coming of the Inquisition, p. 1243. Source non vérifiée par l’auteur.

Torquemada juif converti: un mensonge
Torquemada converso: une erreur


Torquemada (fray Tomás de). (Valladolid, 1420-Avila, 1498). Dominicain espagnol, prieur du couvent de Santa Cruz à Ségovie, inquisiteur (1482). Nommé inquisiteur général pour l’Espagne en 1483, il fut le véritable organisateur du Saint Office, réagissant contre les abus de ses prédécesseurs, mais poursuivant les Juifs avec une intransigeance qui a fait de lui le symbole du fanatisme (Petit Robert 2) «Torquemada était juif »
(BFidi, 14 september 1998)

«Torquemada, était lui-même juif converti»
(Robert Etienne, 22 juillet 1997)

 

Torquemada juif converti? Mais qui pourrait proférer une pareille ineptie? Le 6 février 1999, un abonné d’AOL France, BFidi, intervenant habitué aux propos antisémites et négationnistes sur le forum de discussion fr.soc.politique, écrivait:

«Tout d’abord ne pas oublier que Torquemada, le “grand patron” de l’Inquisition était un juif “conversos”, c’est-à-dire converti au catholicisme1»

Le 14 septembre 1998 il avait déjà écrit:

«D’autant que Torquemada était juif2»

Le 5 janvier 1998 il avait déjà écrit:

«Torquemada était un juif converti3»

Il avait avancé la même affirmation à trois reprises au moins en 1997. Bref, c’était ce qu’on appelle un leitmotiv.

Mais BFidi n’était pas le seul; le 22 juillet 1997, Robert Etienne écrivait, déjà sur le forum fr.soc.politique:

«Torquemada, était lui-même juif converti4»

Par deux fois Robert Etienne avait déjà fait la même remarque. Cependant un peu plus tard, il se contenterait, à deux reprises au moins , d’affirmer que Torquemeda était d’«origine» juive. Là encore on constate que la judéité de Torquemada revient comme un leitmotiv. En mars 1999 Robert Etienne allait recopier la propagande antisémite de Goebbels. Par ailleurs, quand on sait que Robert Etienne s’est fait une spécialité de la défense des négationnistes sur les forums de discussion, il n’est peut-être pas anodin de remarquer que le négationniste Faurisson écrivait en 1991 que «Torquemada [...], dit-on, avait abjuré sa foi d’origine, la foi juive 5»

Lorsque que quelqu’un écrit que Troquemada est né juif, l’auteur des présentes lignes a toujours envie de demander si son oncle, le cardinal Juan de Torquemada, soutien pontifical en 1432-1438, et figure clef de l’inquisition espagnole bien avant Tomás, si cet oncle avait assisté à la Bar-Mitzvah de son neveu...

Disons le tout de suite : l’affirmation comme quoi Torquemada était un juif converti est un mensonge. C’est un mensonge parce que c’est faux. Le fait même de son martèlement permet de dire qu’il ne s’agit pas d’une erreur. Le nom de Tomás de Torquemada est associé dans la mémoire collective aux agissements de l’Inquisition et aux persécutions subies par les Juifs dans l’Espagne d’Isabelle la Catholique. Faire porter la responsabilité de ces horreurs à un Juif, voilà le but du mensonge. Il s’agit bien d’un mensonge à caractère antisémite. Dans le même esprit, BFidi avait déjà affirmé que le père d’Hitler était juif...

Cependant, de nombreux romans mais aussi études historiques d’auteurs irréprochables ont repris la thèse d’un Torquemada descendant de conversos. Qu’est-ce que cela signifie?

Il est très important de faire ici une distinction préalable entre «converso» et «juif converti». Le terme «converso» a désigné en Espagne et au Portugal, non seulement les Juifs (et musulmans) convertis, mais aussi, par extension abusive mais devenue courante, leurs descendants. C’est dans ce sens là que certains auteurs ont pu qualifier, très abusivement comme on va le voir, Torquemada de «converso».

Le cardinal Juan de Torquemada, oncle de Tomás, soutenait cependant que le petit fils d’un converso (au sens premier et strict du terme, «converti»), ne devait plus être appelé «converso»6.

Car il est un fait irréfutable: Torquemada n’est pas «né juif» et ne s’est pas converti au catholicisme. Il est né catholique de parents catholiques. Né en 1420, il a été élevé par son oncle, le cardinal Juan de Torquemada dans son couvent de San Pablo de Valladolid7. Il n’est pas un Juif converti.

Évidemment le mensonge proféré par BFidi et Robert Etienne a pour origine la thèse selon laquelle Torquemada aurait été un converso, c’est à dire un descendant de juifs convertis, ou pour être encore plus précis, qu’il avait, quelque part dans ses ascendants, un ou une converso, au sens strict du terme de «juif converti». Que l’affirmation d’une judéité originelle de Torquemada soit alors un mensonge au premier degré ou une erreur due à l’incompétence de ses auteurs, incapables de faire la différence entre «converso» et «juif converti», n’enlève rien au caractère malveillant, de nature antisémite, de la répétition de cette judéité inventée.

Qu’en est-il des ascendants de Tomás de Torquemada?

En fait, la seule source primaire que l’auteur de ces lignes a pu trouver concernant les «origines» juives des Torquemada est un ouvrage de Fernando del Pulgar. Il semble bien que ce soit la seule source historique évoquant les origines des Torquemada8. Elle concerne, non pas Tomás, mais son oncle, Juan de Torquemada. Fernando del Pulgar, écrit en 1480 dans son ouvrage, Claros Varones de Castilla («Les hommes illustres de Castille»), ouvrage offert à la reine Isabelle, à propos du cardinal Juan de Torquemada:

«Juan de Torquemada, cardinal de Sainte-Sixte, fut un homme grand de taille, mince, d’allure vénérable et distingué, originaire de la cité de Burgos. Ses grand-parents étaient de lignage de Juifs convertis à notre sainte foi catholique9»

Fernando del Pulgar était le chroniqueur des Rois Catholiques. Et il était lui-même le fils d’un converso. Son ouvrage visait à présenter quelques personnages illustres de Castille à la Reine Isabelle. Il faut relever qu’il commet quelques erreurs, comme celle de faire naître Juan de Torquemada à Burgos10. Del Pulgar écrit à une époque où la loyauté et la foi des conversos et de leurs descendants sont violemment mis en doute. Et il est, en quelque sorte, en «première ligne». A-t-il présenté Juan de Torquemada, prince de l’Eglise dont le pedigree religieux et politique était immaculé, comme un descendant de converso, afin de présenter un contre-exemple édifiant, et se protéger lui-même?

C’est la thèse de Norman Roth, dans son ouvrage Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain11.

Roth qualifie les notices biographiques que del Pulgar présente à Isabelle comme «particulièrement romancées12» Il rapporte qu’il a été démontré que del Pulgar avait considérablement remanié certaines de ses œuvres pour les adapter au plus près au climat politique et religieux.

Contrairement à ce qu’écrit del Pulgar, Juan de Torquemada est né, non pas à Burgos, mais à Valladolid. Il est le fils de Alvar Fernandez de Torquemada, regidor de Valladolid, petit-fils de Pero Fernandez de Torquemada, lui-même fils de Lope Alfonso de Torquemada, que le roi Alfonse XI avait fait chevalier. Or Alfonse XI était fort peu susceptible de faire chevalier un converso13. Roth rappelle d’autre part, que la traduction généralement présentée du passage de Fernando del Pulgar est peut-être erronée. En effet, del Pulgar a écrit que les “abuelos” de Juan de Torquemada étaient de lignage juif. Si “abuelos” signifie grand-parents, le terme signifie aussi «ancêtres»14.

Il convient de citer intégralement ce que Béatrice Leroy, aux yeux de laquelle l’origine «judéo-convertie» des Torquema ne fait aucun doute, écrit:

«A l’aube du XIVe siècle, Lope Alfonso du village proche de Torquemada, réussit à pénétrer dans la société de Valladolid, après lui, Pero Fernandez de Torquemada, qui a épousé Juana de Tovar, puis Alvar Fernandez de Torquemada [...] sont chevalliers de la ville. Comment sont-ils conversos? Le premier des Torquemada était-il juif et a-t-il choisi ce nom de village, ou a-t-il épousé une conversa de Valladolid (ce qui est plus probable). Quel est le premier des conversos de la famille? On ne le saura sans doute jamais, d’autant plus qu’un certain courant historique, tenant à la pure chevalerie des Torquemada, a soigneusement occulté cette origine15»

Soulignons cependant que Béatrice Leroy ne semble s’appuyer que sur del Pulgar pour étayer sa thèse. Or, si del Pulgar est une source riche, elle peut être aussi, semble-t-il, défectueuse.

En fait le seul moyen de prêter à Tomás de Torquemada une quelconque, et très lointaine, origine juive, consiste à, d’abord tenir pour vrai ce que rapporte del Pulgar des ancêtres de Juan de Torquemada, ensuite remonter si loin dans l’arbre généalogique de Juan de Torquemada qu’aucune certitude ne soit possible, et enfin faire l’hypothèse que dans ce brouillard lointain se cache une juive ou une converso...

Bref, peut-être Juan de Torquemada a-t-il des ancêtres conversos. Mais si c’est le cas, ce sont, au mieux, des ancêtres tellement lointains, qu’il est absolument grotesque et absurde, de prétendre que le neveu de Juan, Tomás, était un converso. Selon Béatrice Leroy, le «plus probable» serait que l’arrière-grand mère de Juan, c’est à-dire l’arrière-arrière-grand-mère de Tomás a pu être une juive convertie. A un tel degré d’éloignement d’éventuelles «origines» juives, tout le monde a des «origines» juives!

On trouve également dans l’historiographie sur le sujet des contestations claires de la thèse prêtant des origines converso à Tomás de Torquema. Les deux passages des ouvrages suivants m’ont été signalés. Je ne les ai pas eus directement sous les yeux.

Un des meilleurs spécialistes de l’histoire des Juifs d’Espagne, Benzion Netanyahu, préciserait dans The Coming of the Inquisition que le père et l’oncle de Tomás de Torquemada (Juan) avaient des mères différentes16. Or d’après Netanyahu, ce serait par sa mère que Juan de Torquemada descendait de conversos... Cette mère n’étant pas la mère du père de Tomás de Torquemada, ce dernier n’aurait donc aucune «origine juive».

Le chroniqueur espagnol Jeronimo Zurita, aurait écrit que Tomás de Torquemada était «de limpio y noble lineage»...

Il serait également intéressant de vérifier si l’ordre religieux auquel appartenait Tomás de Torquemada n’interdisait pas l’entrée aux conversos et à leurs descendants...

Quoiqu’il en soit, ceux qui prétendent que «Torquemada était un juif converti» sont des menteurs ou des incompétents, ou les deux.

                 

Notes.

1. bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Re: Croire, oui, mais alors au bucher ! (was Re: La guerre aux femmes en Afghan», fr.soc.politique, 6 férvier 1999, Message-ID: <19990206180546.24201.00000219@ngol05.aol.com>.

2. bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Re: Le président de la conférence épiscopale contre le PACS», fr.soc.politique, 14 septembre 1998, Message-ID: <1998091421181600.RAA27461@ladder01.news.aol.com>.

3. bfidifr@aol.com (BFidi fr), «Un document à faire connaître et lire autour de soi.», fr.soc.politique, 5 janvier 1998, Message-ID: <19980105221600.RAA29376@ladder01.news.aol.com>.

4. Robert.Etienne@wanadoo.fr (R. Etienne), «Re: Céline et Christian : LES EXCUSES.», fr.soc.politique, 22 juillet 1997, Message-ID: <33dce2c5.3331377@news.wanadoo.fr>.

5. Robert Faurisson, «Un faux: “La prière de Jean XXIII pour les Juifs”», Revue d’histoire révisionniste, n°3, nov 1990 - janv. 1991, p. 32.

6. Béatrice Leroy, L’Espagne des Torquemada, Editions Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 124, p. 82.

7. Béatrice Leroy, op. cit., p. 122.

8. Le grand historien de l’Inquisition, Henry Charles Lea, par exemple, évoquant les origines conversos de Juan de Torquemada se réfère seulement à del Pulgar. Henry Charles Lea, History of the Spanish Inquisition, Londres, 1906-1908, tome I, p. 120.

9. Cité par Béatrice Leroy, op. cit., p. 87.              

10. Ibid.

11. Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, The University of Wisconsin Press, 1995.

12. Norman Roth, op. cit., p. 112.

13. Norman Roth, op. cit., p. 225.

14. Ibid.

15. Béatrice Leroy, op. cit., p. 48. La généalogie fournie par Béatrice Leroy est reprise de Fernando del Pulgar. Celui-ci ajoute que Lope Alfonso a épousé une Ana de Collazos sur laquelle aucune information n'est fournie. Est-elle convertie ? A-t-elle des parents convertis ? Cela n'est pas dit. Pour compléter, ajoutons que Pedro Fernandez est le frère de Juan de Torquemada et le père de Tomás. Il faut faire attention à ne pas confondre Pero le grand-père, de Juan de Torquemada, et Pedro, son frère.

16. Benzion Netanyahu, The Coming of the Inquisition, p. 1243. Source non vérifiée par l’auteur.

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20/06/2000 — mis à jour le 25/06/2000