34. Sa synthèse paraît en 1972, Von Kaiserreich zur Republik. 35. Les Conseils étaient dominés par les majoritaires et les indépendants (USPD), l'extrême-gauche était très isolée. 36. Weimar n'a jamais pu devenir un Volkstaat ( Obrigkeitstaat prussien) ni développer l'esprit de solidarité, inspiré par Max Weber et sa théorie de la Gemeinschaft. Le socialiste Hilferding, auteur d'un ouvrage majeur sur le Capital financier en 1910, défend ainsi dans les années Vingt la thèse du "capitalisme organisé", affirmant que la cartellisation prépare la socialisation ! 37. Pour les corps francs, « la protection des frontières est dès l'origine ...une tâche aussi essentielle que l'écrasement du communisme ». L'histoire intérieure s'éclaire par une réalité extérieure et les crimes commis s'inscrivent dans une logique « réactive ». 38. On ne lui connaît aucun engagement politique, mais de solides convictions luthériennes. Il va cependant se raidir dans la controverse - allant jusqu'à faire peser sur l'Allemagne la responsabilité exclusive du conflit ! 39. L'ouvrage n'a jamais été traduit, mais le débat a été popularisé parmi les historiens français par un petit livre de Jacques Droz, Les causes de la Première Guerre mondiale, Points H11, Seuil, Paris, 1973 40. Comme l'a dit Ritter « si les découvertes de Fischer étaient vraies, la conscience historique de la nation serait bien plus assombrie par cette réalité que par ce qui s'était passé durant la période hitlérienne » CQFD ! 41. La thèse de la « féodalisation de la bourgeoisie » a été reprise par Wehler, elle a toutefois été battue en branche par de multiples études qui font apparaître la distance qui subsiste entre les nouvelles élites et l'aristocratie (peu de titres de noblesse, peu d'inter-mariages, des profits réinvestis dans l'industrie et dans le commerce plus que dans l'achat de terres... Toutefois, il ne fait guère de doute que les valeurs aristocratiques comme le duel ont largement pénétré la société. 42. Des valeurs auxquelles il va se consacrer en adhérant au FDP et en entrant au gouvernement de Willy Brandt en 1969. Il a été un des artisans de l'Ostpolitik avant de représenter la RFA à la Commission de Bruxelles.

Le nazisme : controverses et interprétations

Enrique Leon

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II.  La révolution historiographique des années soixante

II.  La révolution historiographique des années soixante

Celle-ci se fait dans trois directions :

- Les enjeux de la révolution de 1918-1919
- La question de la continuité d'un expansionnisme militaire
- La question du sonderweg et l'absence de tradition libérale
  1. D'importants travaux sont consacrés à la Révolution trahie (Eberhard Kolb34, etc.). Ils détruisent le mythe du danger bolchévique35 et passent au crible de la critique les choix stratégiques du SPD, ses reculs devant les piliers du Reich disparu, la bureaucratie impériale et, surtout, l'État-major, stimulant les débats à l'intérieur de la gauche allemande à l'heure de la grande coalition (66-69)36. Parmi ces auteurs, Ernst Nolte occupe une place à part, non seulement parce qu'il est le seul à avoir été traduit en français, mais parce qu'il allait occuper le devant de la scène vingt ans plus tard dans le cadre de l'Histroriker Streit de 1986. Né en 1923, Nolte essaie de penser le nazisme comme un « fascisme allemand » et de replacer celui-ci « dans son époque » (3 t., e.o. 1963, Julliard, 1970). Son souci de produire un concept précis et rigoureux du fascisme en se référant explicitement à la notion weberienne d'idealtypus contribue au succès de l'ouvrage, même s'il ne va pas au-delà d'une approche "phénoménologique", avec un zeste d'Heidegger (Le nazisme est, comme le stalinisme, la conséquence de la « technicisation » du monde, de la dissolution des liens traditionnels). Ne gommant ni la violence froide et systématique des Corps Francs, ni le recours à l'illégalité du nouveau pouvoir, il agace l'establishment universitaire, mais séduit la nouvelle gauche parce qu'il réhabilite le concept de fascisme. Pourtant, une lecture attentive de son oeuvre en accusait déjà les limites...37

  2. Le deuxième thème va être à l'origine d'une véritable controverse, suscitée, presque à son insu par un historien jusque-là anonyme38, Fritz Fischer (1908-1999). Étudiant les buts de guerre de l'Allemagne impériale (Griff nach der Weltmacht, 196139), il montre qu'il y a une continuité dans les buts de guerre allemands et que ceux-ci sont conformes aux suggestions des industriels et des hommes d'affaires, de Rathenau à Thyssen. De plus, tous les partis succombent au vertige de l'impérialisme ! « L'Allemagne était-elle inclinée au mal dès sa prime jeunesse ? » écrit le Spiegel. De fait, la « corporation », menée par les historiens les plus âgés, comme Gerhard Ritter, dénonce cette « trahison »40, alors que les étudiants et les jeunes chercheurs le soutiennent bruyamment. Fischer va sans doute trop loin dans son souci iconoclaste (l'intention d'annexer n'est pas l'intention de faire la guerre !), mais il a le mérite de briser un raisonnement selon lequel les Alliés avaient jeté l'Allemagne dans les bras de Hitler. Dans son sillage, Hans-Ulrich Wehler et l'école de Bielefeld (Westphalie) mettent en relief le rôle de la politique expansionniste pour masquer les combats politiques internes et entraîner les classes défavorisées à se rallier par intérêt égoïste à l'impérialisme allemand. Cette théorie du "social-impérialisme » permet de penser l'articulation de la modernité socio-économique et du retard politique qui caractérise le Reich wilhelmiem

  3. la troisième « révolution historiographique » est le fait d'un « libéral non-conformiste «  (P. Ayçoberry), Ralf Dahrendorf (1929). Fils d'un député SD, arrêté en 1944 pour activités antinazies dans son lycée berlinois, il a connu la satellisation de la zone soviétique, son père ayant refusé la fusion des deux « partis ouvriers » et émigré, avec toute sa famille, à Hambourg. Poursuivant ses études à Londres, il découvre la sociologie et va réfléchir aux dysfonctionnements de la société allemande du XIXe siècle (Gesellschaft und Demokratie in Deutschland, 1965), une société féodale-industrielle qui repose sur de multiples contradictions : la part de l'agriculture ne cesse de diminuer, mais les Junkers dominent toujours la vie politique ; les villes « explosent », mais la civilisation urbaine est rejetée ; les valeurs hiérarchiques et autoritaires règnent partout, y compris là où elles auraient dû reculer, dans la famille, dans l'Université, dans la bourgeoisie41 et même dans la social-démocratie ; l'apologie de la communauté comme facteur d'intégration se révèle désastreuse, la société et ses élites récusant au nom d'une improbable harmonie les valeurs individualistes et libérales42, etc.

       


Notes.

34. Sa synthèse paraît en 1972, Von Kaiserreich zur Republik.

35. Les Conseils étaient dominés par les majoritaires et les indépendants (USPD), l'extrême-gauche était très isolée.

36. Weimar n'a jamais pu devenir un Volkstaat ( Obrigkeitstaat prussien) ni développer l'esprit de solidarité, inspiré par Max Weber et sa théorie de la Gemeinschaft. Le socialiste Hilferding, auteur d'un ouvrage majeur sur le Capital financier en 1910, défend ainsi dans les années Vingt la thèse du "capitalisme organisé", affirmant que la cartellisation prépare la socialisation !

37. Pour les corps francs, « la protection des frontières est dès l'origine ...une tâche aussi essentielle que l'écrasement du communisme ». L'histoire intérieure s'éclaire par une réalité extérieure et les crimes commis s'inscrivent dans une logique « réactive ».

38. On ne lui connaît aucun engagement politique, mais de solides convictions luthériennes. Il va cependant se raidir dans la controverse - allant jusqu'à faire peser sur l'Allemagne la responsabilité exclusive du conflit !

39. L'ouvrage n'a jamais été traduit, mais le débat a été popularisé parmi les historiens français par un petit livre de Jacques Droz, Les causes de la Première Guerre mondiale, Points H11, Seuil, Paris, 1973

40. Comme l'a dit Ritter « si les découvertes de Fischer étaient vraies, la conscience historique de la nation serait bien plus assombrie par cette réalité que par ce qui s'était passé durant la période hitlérienne » CQFD !

41. La thèse de la « féodalisation de la bourgeoisie » a été reprise par Wehler, elle a toutefois été battue en branche par de multiples études qui font apparaître la distance qui subsiste entre les nouvelles élites et l'aristocratie (peu de titres de noblesse, peu d'inter-mariages, des profits réinvestis dans l'industrie et dans le commerce plus que dans l'achat de terres... Toutefois, il ne fait guère de doute que les valeurs aristocratiques comme le duel ont largement pénétré la société.

42. Des valeurs auxquelles il va se consacrer en adhérant au FDP et en entrant au gouvernement de Willy Brandt en 1969. Il a été un des artisans de l'Ostpolitik avant de représenter la RFA à la Commission de Bruxelles.

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16/02/2003